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DE LA MAISON COCON À LA MAISON RUCHE – NATHALIE DAMERY pour LESECHOS.FR

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L’agriculture urbaine fleurit déjà sur les toits new-yorkais - Shutterstock

Télé-travail et shopping à domicile changent l’usage du foyer cocon, qui s’ouvre de plus en plus à l’extérieur.La conception des logements et du mobilier devra en tenir compte, comme de la contrainte environnementale.

Il y a les innovations de rupture, comme le smartphone qui sert à bien d’autres choses que téléphoner, et il y a les évolutions lourdes, liées aux modes vie. La multiplication des divorces, la recomposition des familles, le floutage des frontières entre le bureau et la maison, le shopping en ligne, bientôt l’arrivée de l’agriculture urbaine….  : toutes ces transformations commencent à se refléter dans l’habitat et la décoration. « Comme dans le mode, où le total look a disparu, la maison s’est mise au mix and match, au mélange des styles et des genres. Elle devra de mieux en mieux s’adapter aux multiples facettes de nos vies », estime la consultante Nathalie Damery, de l’ObSoCo (observatoire, société et consommation). 

Comme la cuisine est (re)devenue une pièce à tout faire et à vivre, la salle de bain ne se cantonne plus à sa fonction d’hygiène et a pris des airs de salle de soin et de bien-être. Les grands groupes intègrent ces évolutions. Ainsi, chez Saint-Gobain, Ikebana, le placo plâtre ultra facile à monter et à décorer, facilite l’aménagement de « coins à soi ». L’appli My U de Philips permet de varier l’ambiance lumineuse des pièces en fonction du moment de la journée ou de l’usage (ambiance studieuse ou détente). Ce mariage des genres ajouté au manque de place (les mètres carrés ne sont pas extensibles) offrent aussi une rampe de lancement à des start up innovantes. Exemple, Stooly qui propose des petits meubles d’appoint (tabouret, pouf, table basses…. ) en carton pliable. Inspiré par l’Asie et ses mégalopoles surpeuplées, son fondateur Hugo Tsagliotis a opté pour une fabrication ultra légère en nid d’abeille…

Pas anecdotique

La maison devient aussi l’endroit où faire son shopping. Internet et la multiplication des écrans connectés, renforce le bon vieux télé achat. QVC qui arrive en France, produit des séries dont les objets et les vêtements et les objets peuvent s’acheter en quelques clics de télécommande. Outre Atlantique, Samsung et Mastercard se sont associés pour mettre au point un réfrigérateur permettant de faire le plein de produits frais en tapant directement sa liste sur la porte. « La distribution va devoir travailler l’aspect expérienciel, le service, l’accueil et l’empathie. Tout ce qui a trait à l’intéraction humaine, si elle veut maintenir du flux dans les magasins physiques », relève Nathalie Damery. 

Dans l’alimentaire, la distribution devra faire avec l’arrivée de l’agriculture urbaine. Un mouvement venu des grandes villes nord américaines, New York en tête, et qui ne tardera pas ici. « Pas si anedoctique que cela. Les architectes travaillent maintenant sur des immeubles avec jardins intégrés où l’on achète un appartement et une parcelle à cultiver ».

Humain augmenté

Et la tendance ne fera que s’accélérer, remarque encore Nathalie Damery qui croit à l’arrivée des robots domestiques dans nos foyers, plus rapidement qu’on ne le croie. « Cela fait trente ans qu’on nous parle de domotique, sans que cela suscite l’intérêt du grand public. Mais la montre connectée, elle, a parlé très vite à tout le monde », relève-t-elle. Si l’Internet des objets reste obscur au commun des mortels, une enquête menée l’an dernier pour l’ObSoCo montre que 73 {c954e6686e20b1dc91f7dac6401c0eb30f86a9660b1d493b067f3ff41928732d} des personnes interrogées sont prêtes à porter sur eux des objets connectés. « Y compris s’il s’agit d’une puce introduite dans le cerveau pour éviter des phénomènes de dégénérescence type maladie d’Ahlzeimer » ! Pareil pour les robots domestiques, dont les prix suivront la courbe de tous les biens d’équipement de la maison. Si le célèbre Noa coûte encore 5.000 euros, d’autres ont vu leur prix tomber à 1.500 euros et contribuent déjà, au Japon, au maintien à domicile des personnes âgées. Et le risque de déshumanisation n’est pas assuré. Au contraire, note la sociologue, « les machines ne font que pousser à davantage d’échanges et de liens »

VALÉRIE LEBOUCQ

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