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LA SOCIÉTÉ MALADE DE L’HYPERCONSOMMATION par PHILIPPE MOATI

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Le dernier livre de Philippe Moati, La société malade de l’hyperconsommation (éditions Odile Jacob), sortira le 11 mai 2016. En avant-première, il nous livre la thématique générale développée dans l’ouvrage.

Vivre dans une société d’hyperconsommation au 21ème siècle, pour la plupart d’entre nous, c’est avoir la chance de vivre dans le confort, à l’abri du froid et de la faim, et jouir des mille et un plaisirs que consommer peut apporter au quotidien. Pourtant, l’hyperconsommation (et les modes de vie qui lui sont associés) est au cœur du formidable défi écologique que nous avons à affronter. On lui doit aussi la promotion de valeurs matérialistes qui contribuent au vide de sens, à l’affaiblissement du lien social et parfois à la difficulté de se construire une identité solide. La montée des fondamentalismes de tous poils n’est ainsi pas étrangère à la vacuité d’une société de consommateurs. Quand de surcroît l’expertise croissante dans la capacité à susciter le désir rencontre une dynamique du pouvoir d’achat et des inégalités qui condamne un pan croissant de la population à demeurer devant les vitrines de la consommation. Les frustrations montent dont les effets sont incontrôlables. 

Peut-on pour autant condamner la consommation en bloc et prôner les vertus de la frugalité ? Ce serait oublier un peu vite le rôle majeur qu’elle tient dans le circuit économique, ses fonctions sociologiques et psychologiques dans la société contemporaine. Il convient en outre de ne pas mettre toutes les consommations sur le même plan : si certaines peinent à tenir leur promesse de contribution au bonheur, voire encouragent les addictions chronophages et l’apathie, d’autres contribuent à la qualité de la vie, au lien social, à l’épanouissement des personnes et à la réalisation personnelle. Répondre aux enjeux de notre époque passe ainsi par une réforme de notre modèle de consommation, par la promotion d’une « bonne consommation », respectueuse de la nature et contribuant au progrès social et à l’élévation des individus. Les signaux faibles d’une dynamique dans ce sens sont déjà perceptibles du côté des consommateurs (la diffusion des pratiques de consommation émergentes) comme de celui des entreprises (la diffusion de l’orientation-client, voire des modèles économiques serviciels). Beaucoup reste à faire pour aller vers une économie des effets utiles et opérer une transition vers un nouveau modèle de développement ouvrant la perspective d’un avenir collectivement désirable capable de relancer la dynamique de la modernité.