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MONITORER NOS VIES

Le Smartphone a d’abord été, dès les années 2005-2007, qualifié de « couteau suisse » : il permet de téléphoner, mais aussi d’écouter de la musique, prendre des photos ou de naviguer via GPS (cela a détruit, au passage, de nombreux marchés de matériels électroniques dédiés). Puis, en 2008-2010, le Smartphone est devenu « le saint-bernard » : le voilà gérant nos vies, sauvant l’équilibre familial en distribuant, à coup de sms, des rôles à chacun et entremêlant vie familiale et vie professionnelle. En 2011, c’est l’avènement du Smartphone « télécommande » : il permet, grâce au nuage (cloud computing) de stocker nos données personnelles et de distribuer nos images, rendez-vous ou vidéos sur notre télévision, notre ordinateur mais aussi et surtout télécommander nos profils sur nos réseaux sociaux. Cette télécommande numérique permet aussi de savoir où sont nos amis avec des applications de type Local Based Social Network (LBSN) comme Foursquare ou Google latitude. Le Smartphone se mut en chef d’orchestre de nos agendas partagés. C’est l’explosion des flottes de Smartphones dans les entreprises.

Mais voilà qu’on lui invente un nouveau rôle : le monitoring. C’est une complexification supplémentaire dans l’usage. L’objet va mettre en surveillance nos vies et rassembler inlassablement des informations pour nous comprendre.

Le Smartphone peut collecter de nombreuses données de la vie quotidienne, grâce à l’internet des objets, via la lecture de codes 2D (QR code pour les plus connus) ou des tags NFC. Après avoir téléchargée une application sur notre Smartphone, vous flashez les codes imprimés sur l’objet (ainsi avec l’application Tesco, vous pouvez, en Angleterre, scanner vos codes sur les emballages vides pour reformer votre future liste de course ). Bientôt cela sera encore plus facile avec une puce NFC incrustée dans l’emballage. Il peut aussi communiquer avec de nombreux accessoires électroniques via Bluetooth comme un pèse-personne, un réfrigérateur ou un contrôleur glycémique. Le Smartphone va alors engranger de nombreuses mesures de l’activité humaine pour les stocker dans le nuage via une application embarquée. NEC, constructeur japonais, propose des Smartphones de ce type en Asie et Etats-Unis. Ces données sont ensuite traitées, au choix, par votre magasin préféré pour le réfrigérateur, votre diététicienne pour le pèse-personne et votre médecin pour votre index glycémique. 

Le monitoring ne s’arrête pas là car on nous propose de gérer, à distance, notre maison et sa consommation énergétique, nos enfants, via un suivi de la nourrice qui scanne le code-barres de tous les produits qu’elle donne ou les services consommés avec lui (télévision, vidéo, musique…). Nous devenons gestionnaire de notre effort physique grâce à notre montre reliée à notre Smartphone, enregistrant toutes nos courses et entrant celle-ci dans une base de données géante de coureurs, comparant nos profils et nos endurances (voir le nouveau produit Motorola https://motoactv.com/ ).

Une nouvelle ère de la mesure de l’activité humaine est en marche avec simplement un Smartphone, du cloud computing et des objets communicants.

Cela pose alors de nombreuses questions. Un volet juridique tout d’abord : Quelle base de données, qui en est le propriétaire ? Combien de temps les stocker ? Quel traitement de ces informations ? Est-ce que notre législation actuelle de protection des données personnelles est suffisante pour des données biométriques ou médicales ?

Un volet statistique ensuite : nous allons produire en plus de données. Comment les traiter ? Quels modèles utilisés ? Quelles données croisées ?

Enfin un volet marketing : Comment monétiser ces nouvelles données ? Ces données permettront, classiquement, de mieux segmenter les attitudes et de proposer des offres encore plus ciblées (un programme de coaching sportif à un joggeur qui veut dépasser ses limites ?). Cela permettra de développer des programmes d’aide à la décision d’achat en e-commerce: en stockant les profils, l’entreprise peut proposer une short-list à son client et donc lui simplifier la vie. Cela pourra aussi permettre à certaines entreprises de mieux mesurer des risques comme le risque assurantiel ou le risque de défaillance bancaire. 

Voilà donc un nouveau robinet de données personnelles : après Facebook, les LBSN, les applications embarquées vont créer un nouveau flot d’informations sur le comportement. 

    1. Voir la vidéo publicitaire sur 

2. Actuellement cette technologie est surtout présentée grâce au le Karotz, voici une petite vidéo montrant la lecture de la puce RFID quand votre enfant rentre de l’école : 

Florence Jacob