L’Observatoire du Bassin parisien

Départs, desserrement métropolitain ou nouvelles dynamiques territoriales ?

La crise sanitaire et ses conséquences ont mis en avant une certaine « désaffection métropolitaine », tout particulièrement dans le cas du Grand Paris. Par contrecoup, on assisterait à une forme de retour en grâce d’un territoire en déshérence depuis sa désindustrialisation : le Bassin parisien. Les transformations contemporaines sont-elles l’occasion d’insuffler de nouvelles dynamiques à travers la modification des pratiques du territoire et du rapport à la proximité des ménages ?

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Qu'est-ce que le Bassin parisien ?

Peuplé de 19 millions d’habitants, soit près d’un tiers de la population de la France métropolitaine, le Bassin parisien se caractérise par l’emprise économique de l’agglomération parisienne. Outre les sept autres départements d’Ile-de-France, cette aire d’influence s’étend à douze départements des régions voisines (Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Grand Est, Hauts-de-France et Normandie) et comprend des villes telles que Rouen, Orléans, Reims, Amiens ou encore Troyes .

Entre Paris et le territoire du Bassin parisien qui l’entoure, des interdépendances existent, multipliant les échanges entre le lieu où les ménages résident et ceux où ils travaillent, consomment et pratiquent leurs loisirs. Si le Bassin parisien abrite des espaces de loisirs ainsi que des résidences secondaires de ménages parisiens, l’agglomération parisienne attire des étudiants et des actifs habitant un périmètre qui dépasse les frontières de l’Ile-de-France. Ainsi, pour onze zones d’emplois situées dans la couronne autour de l’Ile-de-France, le nombre de « navetteurs » avec les zones d’emploi d’Ile-de-France représente plus de 10% des personnes en emploi. En 2015, cette proportion atteint 40% pour la ville de Dreux.

Un territoire en perte de vitesse…

Toutefois, l’intensité des échanges domicile-travail et les dynamiques de l’emploi associées sont contrastées. Dans l’ensemble, le Bassin parisien peine à tirer profit de sa proximité avec Paris. On observe depuis les années 2010 un ralentissement de la croissance de l’emploi autour de l’agglomération parisienne. Sur le plan démographique, si la croissance de la population du Bassin parisien est alimentée par le solde naturel, le solde migratoire est négatif depuis les années 1990 (- 0,3 point sur la période 2010-2015). Le contraste est majeur avec un Sud-Est anglais tiré lui fortement par la dynamique londonienne.

…mais qui pourrait bénéficier des évolutions liées à la crise sanitaire

Or, depuis le printemps de l’année 2020, la crise sanitaire et ses conséquences ont mis en avant une certaine « désaffection métropolitaine », tout particulièrement dans le cas du Grand Paris. L’étude conduite par L’ObSoCo pour le Forum Vies Mobiles sur les télétravailleurs exerçant au sein d’entreprises franciliennes révèle ainsi que 17% des télétravailleurs franciliens ont déménagé depuis le début de la crise sanitaire. Les départs de l’Ile-de-France comptent pour 15% de l’ensemble de ces déménagements. On sait que la mobilité résidentielle des Parisiens actifs n’est pas toujours synonyme de changement de lieu de travail, surtout lorsqu’elle reste dans un périmètre proche de la capitale, et le développement du télétravail faisant suite à la crise sanitaire pourrait par ailleurs contribuer à une hausse des déménagements dans le Bassin parisien.

Explorer les dynamiques résidentielles en cours et leur impact sur le Bassin parisien

  • C’est donc en premier lieu la question de la nature des mobilités résidentielles qui se pose. S’agit-il d’un « départ » du Grand Paris, au sens d’une rupture des liens avec la métropole, ou à l’inverse d’un « desserrement » métropolitain, et donc d’une recomposition à distance des modes de relation à l’espace métropolitain ? Ou s’agit-il encore d’une « mise en système » d’un territoire depuis très longtemps structuré par Paris ?

 

  • Dans le cas où l’enquête confirmerait la consistance de la seconde hypothèse, il conviendrait d’en explorer les figures pour approcher au mieux la nature des liens nouveaux qui se tissent entre le Grand Paris et le Bassin parisien d’une part et les formes induites d’intégration et d’usage du local par ces ménages « desserrés » d’autre part. A ce titre, nous pouvons faire l’hypothèse que le déménagement ne serait qu’une des facettes contribuant à ces recompositions territoriales. Cela nous invite à ne pas nous restreindre aux nouveaux arrivants mais à apprécier l’évolution des modes de vie parmi des ménages déjà en prise avec le territoire (que ce soit par exemple à travers la possession d’une résidence secondaire proche de l’Ile-de-France ou des mouvements pendulaires).

 

  • Au-delà des mobilités résidentielles, on pourrait assister à un renouvellement du rapport à la proximité et des pratiques du territoire en faveur d’un écosystème plus local.

Les objectifs de l'enquête

Au-delà d’une perception fondée sur des constats limités (indicateurs et dires des acteurs de l’immobilier essentiellement), il paraît nécessaire de :

  • Objectiver et quantifier finement les pratiques résidentielles et les modes de vie des ménages composant le bassin parisien

 

  • Comprendre les ressorts et les formes de ce changement de pratique, les motivations et les freins à la mobilité résidentielle des ménages métropolitains.

 

  • Détecter des opportunités de développement d’un système battant en brèche le modèle concentrique actuellement dominant.

 

  • En apportant des connaissances sur des dynamiques encore peu chiffrées et objectivées, notre enquête contribuera à anticiper des évolutions territoriales et à aider à la prise de décision stratégique d’acteurs publics ou privés intervenant sur les espaces concernés (collectivités locales, acteurs du marché immobilier et des réseaux de transport notamment).