Au travail !

À peine les vacances achevées, le travail reprend sa place dans nos vies… et sur la scène politique. Dans un lieu auquel on ne s’attendait pas forcément, le court Philippe-Chatrier de Roland Garros, sept candidats à l’élection présidentielle ont débattu devant les entrepreneurs réunis à la REF du Medef.
Avant les affiches et les meetings, c’est donc l’économie qui a servi de terrain d’ouverture à cette campagne : les entreprises, leur compétitivité, la dette, la fiscalité, l’emploi. Et derrière tous ces sujets, le quotidien pour de nombreux Français : le travail, sa valeur, sa rémunération, sa durée et sa place.

A ce sujet, et avant que le débat ne revienne comme il le fait périodiquement, dissipons un malentendu : les Français sont attachés au travail. Massivement. Dans notre baromètre trimestriel L’ObSoCo, 77 % d’entre eux affichent un attachement fort à ce qu’il représente, dont 30 % un attachement très fort. Huit sur dix voient dans le travail une source de lien social et de solidarité (79 %), un devoir de contribution à la société (77 %), ce qui donne un statut et une place (74 %). Sept sur dix y voient une source d’épanouissement personnel (69 %).

Le discours sur la « fin de la valeur travail » ne résiste donc pas aux chiffres. Curieusement pourtant, dans la même étude, 70 % des Français estiment que « de moins en moins de personnes veulent travailler ». Chacun se dit attaché au travail, mais soupçonne les autres de ne plus l’être. Un décalage entre ce que l’on pense de soi et ce que l’on projette sur les autres qui nourrit une bonne partie du débat sur l’« assistanat », la « flemme » ou la « génération Z ». Mais repose donc largement sur une illusion d’optique collective. 

Cette illusion a sans doute une origine : les Français n’ont pas renoncé au travail, mais ils l’ont redéfini. L’affirmation qui recueille le moins d’adhésion, et de très loin, est celle-ci : « il est normal de ne compter ni ses heures ni ses efforts pour son travail ». 28 % seulement y souscrivent, 64 % la rejettent. Le travail comme lien, oui. Le travail comme statut, oui. Le travail comme don de soi sans limite, non.

Les données permettent d’approfondir la compréhension de ce rapport renouvelé au travail. De fait, on observe que l’attachement très fort progresse avec le niveau de vie, de 22 % chez les plus modestes à 39 % chez les plus aisés, et recule à mesure que la contrainte budgétaire se fait pesante. Il est aussi plus faible par exemple chez les femmes avec enfants (24 %) que chez les hommes sans enfants (35 %). Tout se passe donc comme si ce n’était pas ceux qui avaient le plus besoin du travail qui le sacralisaient le plus, mais ceux à qui il « rendait » le plus. Le travail est aimé quand il tient ses promesses, moins dès lors qu’il ne suffit plus à vivre, se loger, et tout concilier.

Ce désenchantement-là en fait écho à un autre, plus commenté : celui qui touche nos institutions. Et les deux se rejoignent de façon inattendue. Parmi seize réformes institutionnelles que nous avons soumises aux Français, de la limitation des mandats au référendum d’initiative citoyenne, laquelle arrive en tête ? Le RIC (73 %), la révocation des élus (74 %) ou la limitation des mandats (76 %) recueillent, certes, de larges soutiens. Mais plus espérée encore la réforme qui consisterait à « renforcer la démocratie en entreprise en impliquant davantage les salariés dans les décisions clés » : 78 % d’avis favorables, et 67 % qui la jugent efficace pour améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

La demande démocratique ne s’arrête donc pas aux portes de l’entreprise. Les Français ne demandent pas seulement à travailler plus ou moins, ils aspirent à avoir voix au chapitre sur le sens et les conditions de ce travail. Une attente que l’on retrouve quelles que soient les sympathies partisanes et les générations.
À la REF, les candidats ont parlé d’économie et d’entreprises devant ceux qui les dirigent. Les Français, eux, attendent que l’on parle aussi de démocratie là où ils passent leurs journées. De quoi faire se rejoindre les deux conversations.

Source :  L’ObSoCo, Baromètre trimestriel, enquête réalisée en ligne du 16 au 24 décembre 2025 auprès de 2 000 personnes représentatives de la population de France métropolitaine âgée de 18 à 75 ans