Électromobilité : une transition, trois vitesses

On parle souvent de la transition vers le véhicule électrique en mode binaire : ça avance ou ça bloque. La deuxième édition de nos indicateurs de bascule vers la mobilité électrique, réalisée avec BNP Paribas Mobility, sort de cette dualité pour appréhender le paysage de façon plus globale.

Nous avons en effet construit trois indicateurs distincts, un par catégorie d’usagers : particuliers, flottes d’entreprise, industriels. Et c’est précisément dans cette différenciation et la confrontation des trois qu’apparaissent des enseignements précieux.

Première observation : tout progresse par rapport à l’année dernière, mais pas au même rythme ni pour les mêmes raisons. Les particuliers affichent un indicateur de bascule à 4,9/10 (+0,3 pt), les flottes à 4,5/10 (+0,5 pt), les industriels à 3,0/10 (+0,7 pt). Pour autant, le segment le plus en retard est celui qui accélère le plus vite. Contre-intuitif ? Pas tant que ça : c’est la logique classique du rattrapage, tirée par l’amélioration rapide de l’équation économique (le surcoût du véhicule industriel électrique sur 7 ans par rapport au thermique est passé de +100 % à +20 % en un an). 

Deuxième observation : côté particuliers, la dynamique est franchement contrastée. Les conditions d’usage s’améliorent (fiabilité des bornes, temps de recharge, aides publiques en hausse…). Mais la part des véhicules électriques dans les immatriculations neuves recule, de 23 % à 20 %. Le marché de l’occasion, qui représente les ¾ des achats de voitures particulières, reste embryonnaire sur l’électrique (3,3 % de l’offre). Et 49 % des non-acheteurs citent toujours le prix comme premier frein (avec, de fait, un écart de +55 % sur l’entrée de gamme). Autrement dit : l’écosystème mûrit, mais la démocratisation patine.

Troisième observation : les flottes d’entreprise confirment leur rôle de locomotive. La part de l’électrique dans leurs immatriculations neuves bondit de 14 % à 24 %, c’est là la progression la plus spectaculaire de l’étude. Le levier ? Un coût total d’usage favorable sur 4 ans (achat, énergie, entretien, assurance, décote…), combiné à la pression réglementaire. Et ce n’est pas anodin pour les particuliers : ces véhicules de flotte alimenteront demain le marché de l’occasion. C’est donc par là que passera la démocratisation. Cette dynamique reste toutefois, pour l’instant, concentrée sur les entreprises déjà engagées. Et un paradoxe persiste : seulement 18 % des entreprises avec flotte électrique sont équipées en bornes de recharge.

On le voit, la transition vers l’électromobilité n’est pas un mouvement uniforme. C’est à la fois un processus à plusieurs vitesses et une dynamique d’ensemble, dans laquelle les leviers d’accélération ne sont pas les mêmes selon que l’on s’adresse à un ménage, à un gestionnaire de flotte ou à un transporteur routier, mais où chaque segment peut tirer les autres. C’est tout l’intérêt de les considérer et mesurer ensemble, mais aussi séparément.

Toujours est-il que le mouvement est enclenché partout. La question n’est plus « si », mais « à quelle vitesse », et surtout « pour qui en premier » et « comment ». A cet égard, notre étude montre aussi que, pour les professionnels comme pour les particuliers, la constance et la visibilité des politiques publiques pèsent autant que les aides elles-mêmes : elles sont ce qui transforme une intention en décision.