Santé reproductive des femmes : l’ampleur des troubles, le poids du silence

À quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, L’ObSoCo publie les résultats d’une enquête sans précédent sur la santé sexuelle et reproductive des Françaises. Règles douloureuses, contraception mal tolérée, fausses couches, infertilité, ménopause, IVG… Pour la première fois, une même étude embrasse l’ensemble de ces réalités auprès de 4 000 femmes représentatives de la population féminine française (18-75 ans). 
Si des données éparses existent sur chacun de ces sujets, aucune enquête n’avait jusqu’ici entrepris de les embrasser dans un même dispositif, auprès d’un échantillon de cette ampleur, avec ce regard transversal et expérientiel.

Trois constats majeurs émergent : des troubles massivement répandus à chaque étape de la vie des femmes, un silence systémique qui s’épaissit du cabinet médical au monde du travail, et une rupture générationnelle qui ouvre autant de promesses que d’interrogations.

La quasi-totalité des femmes concernées
L’étude révèle d’abord une ampleur sous-estimée. À chaque étape de leur vie reproductive, les femmes font face à des troubles dont la fréquence devrait suffire à les rendre visibles :

  • Règles : 79 % des femmes réglées souffrent d’au moins un trouble (douleurs, flux abondant, syndrome prémenstruel…)
  • Contraception : 58 % déclarent au moins un effet indésirable (perte de libido, prise de poids, mal-être psychique…)
  • Grossesse : 40 % des femmes ayant été enceintes ont connu au moins un événement difficile (fausse couche, GEU, IMG…)- soit plus d’un quart des femmes
    Ménopause : 77 % des femmes concernées déclarent au moins un trouble, 61 % en cumulent trois ou plus
  • Endométriose/Syndrome des ovaires polykystiques : 19 % des femmes seraient atteintes, soit une femme sur cinq
  • Fertilité : 19 % des femmes ont été confrontées à des difficultés à concevoir

 

Ainsi pourrait-on dire que l’exception n’est pas le trouble mais son absence.

Un silence systémique, du médecin à l’entreprise
Le deuxième enseignement majeur de l’étude est le poids du silence. Un silence qui n’est pas seulement individuel mais structurel.

Le non-recours médical d’abord : 55 % des femmes souffrant de troubles liés aux règles n’ont jamais consulté à ce sujet. Près de la moitié des femmes ménopausées présentant des troubles n’en parle ni ne demande conseil à leur médecin. Et parmi celles qui se sont tues, nombreuses sont celles qui auraient souhaité pouvoir le faire.

L’IVG, sujet le plus enfoui : 16 % des femmes y ont eu recours. Si 88 % en ont parlé à leur partenaire, 54 % n’en ont pas parlé à leur famille, 58 % pas à leurs amis. Et 42 % trouvent difficile d’en parler même à leur partenaire.

Le monde du travail, dernier bastion du non-dit : pour une femme qui parle à son employeur des troubles qu’elle rencontre liés à la ménopause, dix subissent un impact significatif sur leur travail en silence. Un ratio de un pour dix. Pour les règles, un pour sept. Par ailleurs, 34 % des femmes ont déjà manqué des journées de travail pour des problèmes liés à la grossesse, 25 % pour des troubles menstruels.

Jeunes femmes : plus conscientes, plus exigeantes, plus exposées
Les 18-34 ans dessinent un profil à part. Elles déclarent davantage de troubles (syndrome prémenstruel à 73 % chez les 18-24 ans, effets secondaires de la contraception à 76 %… elles sont plus fréquemment diagnostiquées pour l’endométriose et le SOPK (34% chez les 18-24 ans[DB1.1] contre 9-12 % chez les 55-75 ans). Elles s’informent massivement via les réseaux sociaux (41 % pour les règles, 30 % pour la contraception), ce qui semble contribuer à une meilleure prise de conscience et mise en mots des symptômes.

Mais cette génération est aussi la plus exposée à la précarité menstruelle : 48 % des 18-24 ans ne peuvent pas toujours acheter les protections hygiéniques dont elles ont besoin, contre 27 % chez les 45-54 ans.
La question reste ouverte : ces jeunes femmes sont-elles l’avant-garde d’une transformation collective du rapport au corps féminin, ou vont-elles se heurter aux mêmes murs que leurs aînées, avec plus de conscience, et donc plus de frustration ?

Ce que cette étude appelle
La santé reproductive des femmes n’est donc pas un sujet de niche : elle concerne, à un moment ou un autre, la quasi-totalité d’entre elles. En ce sens, ce n’est plus un problème individuel : c’est une condition commune, un enjeu collectif et global de santé publique et d’organisation sociale. Au regard de ces données, le reconnaître supposerait d’agir simultanément sur plusieurs leviers : l’accès aux soins et à l’information, les conditions et la qualité de l’écoute médicale, et l’ouverture d’un espace de dialogue dans l’entreprise, qui reste aujourd’hui le dernier bastion du non-dit.