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Baromètre des pratiques de voyage des jeunes

La jeunesse prête à moins prendre l’avion

Le premier baromètre sur les pratiques de voyage des jeunes Français·es, confié par Greenpeace France à L’ObSoCo, analyse les pratiques touristiques des jeunes au regard des enjeux environnementaux, et notamment leur rapport à l’avion.

Il révèle qu’une majorité de la jeunesse est prête à réduire la fréquence de ses vols de loisir, bien que le critère écologique soit encore secondaire au moment de choisir ses vacances. Il dessine également le rôle que les pouvoirs publics devraient  jouer pour accélérer ce mouvement : rendre le train plus accessible, mieux informer sur l’empreinte carbone des modes de transport, réguler le secteur aérien…

Une jeunesse très sensible à l'écologie

Le premier enseignement de ce baromètre, c’est que le réchauffement climatique inquiète les jeunes : 80% d’entre eux pensent que la situation est très préoccupante ou dramatique et qu’il est urgent d’agir pour le climat. Mieux, une large majorité (76%) reconnaît la nécessité d’opérer des changements importants ou radicaux dans nos modes de vie. La jeunesse est prête à agir dans tous les domaines du quotidien : le transport du quotidien (79%), le tourisme (81%), l’alimentation (87%), la consommation (92%), l’énergie (92%), le recyclage (95%).

Des pratiques touristiques socialement marquées

Proches vs lointaines : des vacances idéales disparates

Quand on leur demande quel est leur lieu de vacances idéal, les jeunes de métropole sont très divisé·es. Une petite majorité (53%) préfère partir en vacances en France métropolitaine ou dans un pays voisin, là où l’autre moitié (47%) rêve plutôt de destinations lointaines. Cet idéal lointain est légèrement plus prononcé chez les diplômé·es du supérieur (+3 points), les urbain·es (+4 points) et les CSP+ (+4 points). 

On retrouve cette dualité en observant la description des vacances idéales. Les deux items les plus cités sont des vacances sur une plage ensoleillée (34%) et dans une maison de famille (31%).

Prendre l’avion, une pratique courante chez les urbain·es diplômé·es

Une majorité de jeunes (53%) ne prend pas, ou très rarement l’avion pour ses loisirs. A l’inverse, un tiers le prend régulièrement (plus d’une fois par an), et 16% de manière occasionnelle (une fois tous les deux à trois ans).

Les vacances en avion sont plus fréquentes chez les jeunes actifs urbains sans enfant (elles et ils sont 42% à le prendre régulièrement, soit 10 points de plus que la moyenne). Les personnes très diplômées (> bac+4), habitant l’agglomération parisienne et en activité, sont particulièrement nombreuses à prendre l’avion au moins deux fois par an pour leurs loisirs (respectivement 27%, 25% et 15%). Cette observation est à mettre en parallèle avec les résultats de l’Étude Nationale Transport et Déplacement 2008, qui montrent que les personnes aisées et les Francilien·nes ont plus souvent recours à l’avion. C’est aussi ce que révèlent les travaux des sociologues Yoann Demoli et Jeanne Subtil, selon lesquels l’avion s’est bien moins démocratisé qu’on ne l’imagine. Pour ces deux chercheur·ses, on assiste à une “multiplication des voyages plutôt qu’une multiplication des voyageurs.”

Le Covid a entraîné une baisse conjoncturelle du recours à l’avion pour les loisirs, en raison du manque d’opportunités. Tous les autres modes de transports ont également connu une baisse, à l’exception de la voiture individuelle.

Climat : la jeunesse métropolitaine prête à moins prendre l’avion

Une conviction partagée : pas besoin d’avion pour éprouver du dépaysement

Sept  jeunes sur 10 estiment qu’il n’est pas nécessaire de prendre l’avion pour être dépaysé·e et 88% estiment qu’il est possible de passer de bonnes vacances sans prendre l’avion. Surtout, cette conviction se retrouve à peu près dans les mêmes proportions chez les jeunes qui prennent l’avion : 63% pour le premier item et 86% pour le deuxième. Autrement dit, que leurs voyages soient réguliers ou non, les jeunes n’ont pas besoin de l’avion pour se sentir dépaysé·es.

D’ailleurs, 89% pensent que la France et ses pays frontaliers regorgent d’endroits magnifiques. Anthony, 28 ans, qui prend pourtant régulièrement l’avion, en parle bien : “Il est important de mettre en avant certains lieux peu connus en France et tout aussi idylliques que des destinations lointaines”.

Un large soutien pour réduire la fréquence des vols de loisirs…

C’est un enseignement important de cette étude : 3 jeunes sur 4 sont d’accord avec l’idée que les vols de loisirs doivent rester exceptionnels pour limiter leur impact sur le réchauffement climatique. Même les plus grand·es voyageur·ses en avion soutiennent cette affirmation : 56% chez les jeunes qui font 2 à 3 vols de loisirs tous les ans, 71% pour celles et ceux qui prennent l’avion une fois par an.

Toutes les propositions pour réduire l’impact de leurs voyages sur l’environnement sont majoritaires chez les jeunes qui prennent l’avion : partir moins loin (59%), voyager plus lentement (61%), privilégier des modes de transports moins polluants (63%). L’idée de partir moins souvent quitte à rester plus longtemps sur place est même plébiscitée par 3 jeunes sur 4, y compris les jeunes actifs urbains qui prennent pourtant le plus l’avion pour les loisirs.

… qui peine à se matérialiser au moment de réserver ses vacances

Malgré cet accord de principe, les jeunes ne choisissent pas leur destination en fonction de l’impact écologique de leur séjour. L’empreinte carbone est même le dernier critère cité dans le choix d’un mode de transport. Une petite majorité des voyageurs en avion (51%) se déclare sensible à l’empreinte carbone de leur vol. Pour autant, 38% des jeunes interrogé·es déclarent éprouver un sentiment de culpabilité lorsqu’il·elles prennent l’avion, et 1 sur 5 ressent une pression de la part de son entourage face à cette pratique, signe que la norme sociale en la matière commence à évoluer. 

C’est le grand paradoxe de cette étude : sur le papier les jeunes s’accordent sur la nécessité de voyager moins souvent en avion, mais ces intentions s’envolent en partie au moment de partir en vacances. Deux hypothèses émergent de l’étude pour expliquer cette apparente contradiction : le manque d’information sur la pollution générée par un trajet en avion, et le manque de compétitivité des alternatives comme le train.

Sensibilisation et prix des billets : les pistes pour développer le voyage bas carbone

Une méconnaissance de la pollution liée au secteur aérien

Si les jeunes savent que prendre l’avion pollue, rares sont ceux qui savent à quel point l’empreinte carbone de chaque passager est élevée. Près de 80% déclarent ne pas savoir qu’un seul long-courrier est en mesure de consommer tout le budget carbone d’un individu (la notion de budget carbone avait été explicitée avant la question). Un aller-retour en Thaïlande produit 2,9 tonnes équivalent CO2 émises pour chaque passager·e. Cela représente ce que chaque personne devrait émettre par année d’ici 2030, si l’on souhaite limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. 

De la même manière, l’évaluation de l’efficacité des différentes actions individuelles est imprécise. 24% des jeunes identifient les vacances en avion comme particulièrement néfastes pour le climat, contre 40% pour les emballages et déchets. Pour les jeunes qui prennent l’avion, réduire la fréquence de ces vols a pourtant un impact climatique bien plus puissant encore que la réduction et le tri des déchets.

Ce constat est à mettre en relation avec les efforts des compagnies aériennes pour minimiser l’impact de leurs vols sur le climat. Une moitié des répondants pense ainsi que la compensation carbone permettrait de voyager sans polluer (une idée souvent induite par les compagnies). Ludovic, 30 ans, et voyageur occasionnel abonde en ce sens: “J’en entends parler mais je ne sais pas vraiment à quoi correspondent ces normes et les tonnes de CO2, ce n’est pas assez bien expliqué quand on achète un billet”. 

Et cela tombe bien : 61% des jeunes sont en faveur d’une interdiction pure et simple de la publicité pour les secteurs les plus polluants, comme l’aviation.

Le coût du trajet, un élément central de la décision

Pour 38% des jeunes interrogés, le coût du  trajet est un élément déterminant pour choisir leur destination de vacances. C’est le deuxième critère le plus cité après le cadre naturel (44%). Autrement dit, une partie importante des jeunes choisit le lieu de ses vacances en fonction du prix des billets.

C’est encore plus important si l’on regarde les critères qui président au choix du mode de transport.

Le coût du trajet caracole en tête (69%) devant le temps de trajet (44%), l’existence d’un trajet direct (40%) et le confort (39%). On observe également que si l’avion est majoritaire (52%) pour les trajets de 1000km, c’est principalement pour des raisons économiques. En effet, parmi les personnes qui choisissent l’avion, 2 jeunes sur 3 comparent également le coût d’autres modes de transport.

L’Etat aurait aussi tout son rôle pour démocratiser l’accès au train. Parmi les solutions évoquées pour limiter l’impact du secteur aérien sur l’environnement, celle d’offrir un billet de train à chaque jeune de 20 ans pour pouvoir voyager gratuitement en Europe est plébiscitée à 78%.