Informer quand l’info épuise

Aujourd’hui paraît Les fatigués de l’info. Enquête sur le chaos informationnel, que publient, aux éditions de l’Aube, Guénaëlle Gault, directrice générale de L’ObSoCo et David Medioni, journaliste et co-directeur de l’observatoire des médias à la Fondation Jean Jaurès. Cinq ans de travail avec les équipes de L’ObSoCo, trois vagues d’enquête, plus de 10 000 Français interrogés, une étude ethnographique, une comparaison avec trois autres pays européens… Et donc un livre qui raconte ce que la notion de fatigue informationnelle, que nous avons forgée en 2022, permet de comprendre des transformations de notre rapport à l’information.

La troisième vague du baromètre, menée avec la Fondation Jean-Jaurès, ARTE et Cafeyn, en donne une nouvelle fois la mesure : 55 % des Français présentent un niveau élevé de fatigue informationnelle et 68 % ont le sentiment de subir l’information plutôt que de la choisir.
Dans ces conditions, 74 % des Français disent limiter ou cesser parfois de s’informer. Et ce retrait qui n’a de cesse de prendre de l’ampleur gagne aussi les échanges. En cinq ans, la part de ceux qui discutent de l’actualité avec leurs proches est passée de 75 % à 67 %, et celle de ceux qui partagent des informations de 40 % à 27 %. Un dernier chiffre éclaire ce désengagement : 76 % des Français se sentent peu représentés dans les médias. Beaucoup ne se détournent pas seulement d’un flux trop abondant mais aussi d’un récit du monde dans lequel ils ne se reconnaissent pas.


Ces résultats concernent évidemment les médias, mais pas seulement. Ils permettent aussi de saisir la manière dont les Français reçoivent aujourd’hui toutes les prises de parole, qu’elles viennent des marques, des institutions, des entreprises ou des responsables publics.
Pendant longtemps, il a surtout fallu émerger, multiplier les points de contact, occuper l’espace et capter l’attention. Mais l’information n’a jamais été une fin en soi. Elle doit pouvoir être métabolisée, c’est-à-dire devenir quelque chose que l’on comprend et que l’on peut relier à ce que l’on sait et à ce que l’on vit. Elle doit nous aider à nous situer dans le monde, à réduire l’incertitude, à relier les faits entre eux et à nous relier aux autres. Lorsqu’elle n’y parvient plus, elle encombre et peut finir par épuiser, en alimentant les sentiments d’anxiété, d’incapacité ou d’impuissance.


Pour tous ceux qui prennent la parole, la question devient donc assez simple : qu’est-ce que l’on apporte réellement à celui qui nous accorde son attention ?
Cela peut vouloir dire produire moins, sélectionner davantage, hiérarchiser, contextualiser, relier… Une information qui a de la valeur n’est d’ailleurs pas la même pour tous. Certains ont besoin qu’on les aide à faire le tri, d’autres qu’on parte davantage de ce qu’ils vivent – puisque les trois quarts ne s’y reconnaissent pas -, d’autres encore de pouvoir vérifier qui parle, d’où, et avec quels intérêts. La qualité de la relation, la stabilité des rendez-vous ou la possibilité de choisir ce que l’on suit comptent désormais beaucoup.


Il ne faut pas s’y méprendre : la plupart des Français que nous avons interrogés ou rencontrés estiment important de s’informer. Mais leur demande se déplace. Ils restent disponibles mais pour une information qui les aide réellement à comprendre ce qu’ils vivent et qui mérite le temps qu’ils lui consacrent.


La fatigue informationnelle et le retrait ne signifient donc pas que l’information ne compte plus. Ils révèlent plutôt une attente plus exigeante à son égard.

Les fatigués de l’info. Enquête sur le chaos informationnel est en librairie dès aujourd’hui. Vous pouvez également consulter les notes publiées ce jour sur les sites de la Fondation Jean-Jaurès et de L’ObSoCo.