La bonne nouvelle d’abord. Après trois années de recul, la consommation de bio repart à la hausse.
59 % des Français déclarent consommer des produits biologiques au moins une fois par mois (contre 54 % en 2024, soit + 5 points), et surtout 35 % en consomment au moins une fois par semaine (+5 points également), retrouvant quasiment les niveaux de 2022. Le point notable : cette reprise ne concerne pas seulement les catégories supérieures. Toutes les catégories progressent, y compris les CSP- (+5 points), les chômeurs (+6 points) et les foyers aux revenus les plus modestes (+7 points). Le bio ne se « re-gentrifie » pas, il semble à l’inverse se redémocratiser.
Qu’est-ce qui tire cette reprise ? Un retournement assez net dans les priorités que les Français associent au « bien manger ». Après deux années où le plaisir des sens et la convivialité étaient placés en tête (un basculement que nous avions interprété comme un effet de l’inflation : quand le budget se resserre, on revendique au moins le plaisir de ce qu’on mange), les préoccupations santé et environnement reviennent en force. L’alimentation équilibrée (45 %, +2 points) et l’alimentation qui ne porte pas atteinte à la santé (36 %, +7 points) reprennent ainsi les deux premières places de la hiérarchie. Cela ne signifie évidemment pas que les Français se moquent soudain de manger avec plaisir, mais que la santé redevient cette année la préoccupation première, celle que l’on met en tête quand on doit choisir. Plus frappant encore : cette repriorisation est particulièrement nette chez les plus jeunes (18-24 ans), qui se reportent massivement sur la santé. Comme si, passée la période inflationniste la plus aiguë, les inquiétudes de fond avaient repris le dessus.
Mais la confiance reste fragile. Le bio est perçu positivement par 53 % des Français, mais un quart y reste indifférent quand 20 % en ont une perception négative. Surtout, les doutes subsistent voire progressent : 58 % des non-consommateurs doutent de la « réalité bio » des produits (+5 points en un an), sans compter des éléments de méconnaissance qui persistent (53% des Français pensent ainsi que la plupart des produits bio vendus en France sont importés). Mais le premier frein reste, de loin, le prix (75 %).
La concurrence du « local » pèse aussi : sur la quasi-totalité des attributs positifs testés (goût, fraîcheur, produits de saison, soutien aux petites exploitations, traçabilité…) les produits locaux sont préférés aux produits bio. Le bio ne conserve un avantage clair que sur son terrain de prédilection : la limitation des pesticides et produits chimiques de synthèse.
Un mot sur le surcoût. 94 % des Français estiment toujours que les produits bio sont plus chers que leurs équivalents conventionnels, et 56 % trouvent d’ailleurs cela anormal (contre 34 % qui trouvent cela normal, en légère progression, +3 points). Mais le plus intéressant réside sans doute dans les raisons invoquées par ceux qui trouvent cet écart injustifié. Certes, 71 % d’entre eux estiment la différence de prix « excessive », un argument classique de pouvoir d’achat. Mais juste derrière, à 65 %, arrive un argument d’une tout autre nature : « on ne devrait pas payer plus cher des produits plus vertueux pour la santé et pour l’environnement ». Alors que dans d’autres secteurs, on admet assez facilement que la qualité supérieure justifie un prix supérieur, en matière alimentaire, c’est différent. Quand le « mieux » renvoie à la santé et à l’environnement, il est perçu non pas comme un luxe individuel mais comme quelque chose qui devrait être la norme. D’où un sentiment d’injustice. On peut donc lire ici, au moins en partie, une interpellation sur la répartition du coût de la transition alimentaire, entre le consommateur seul devant le rayon et des mécanismes plus collectifs.
Pourtant, difficile de ne pas noter que, précisément, le signal politique semble aller dans l’autre sens. Le Monde rappelait cette semaine que le bio est le grand absent du « sursaut agricole » voulu par le gouvernement. De fait, le plan d’urgence de 300 millions d’euros annoncé en janvier (arrachage viticole, fonds hydraulique, grandes cultures…) ne contient aucune ligne spécifique pour le bio. La loi d’orientation agricole d’avril 2025 fixe pourtant un objectif de 21 % de surfaces en bio d’ici 2030, alors qu’on est à peine à 10 %.
Il semble donc y avoir un décalage entre une demande qui se réveille et un accompagnement public qui ne suit pas.
Les Français achètent davantage de bio, reconnaissent ses bénéfices, remettent la santé en tête de leurs priorités alimentaires, tandis que le bio ne figure dans aucun des dispositifs d’urgence mis sur la table. Il y a là une forme de dissonance entre l’offre politique et la demande sociale.
Source : Baromètre des produits biologiques en France, Consommation et perception, 2026
Réalisé par L’ObSoCo pour l’Agence bio