La vie politique, l’inflation et le coût de la vie, et la sécurité forment désormais un trio de tête inédit. Ce triple ex æquo raconte une France sous tension, traversée par des attentes fortes mais hétérogènes, à l’approche d’échéances politiques majeures.
Trois priorités, trois dynamiques sociales
Derrière ce résultat se dessinent trois France, qui ne partagent pas toujours les mêmes urgences, ni les mêmes vécus, ni les mêmes mots pour les exprimer.
La préoccupation pour la vie politique est, certes, relativement transversale mais plus intenses dans deux types de populations très contrastées. Chez les catégories les plus diplômées et les CSP+ (33% de citations), elle traduit une exigence institutionnelle : attente de vision, de cohérence, de capacité d’action et de refondation du contrat social. Chez les publics les plus précaires (34%), elle s’exprime de manière plus radicale, sous la forme d’un rejet frontal du système politique et d’une forte colère. Dans les deux cas, la demande est massive, mais aucun projet politique structurant ne semble parvenir aujourd’hui à l’incarner ou la canaliser pleinement.
La question de l’inflation et du pouvoir d’achat s’impose aussi comme une préoccupation relativement consensuelle, partagée au-delà des clivages politiques. Mais elle touche particulièrement les classes populaires et les classes moyennes inférieures, les jeunes actifs et les âges de l’installation familiale. Les CSP- sont à 31 % (vs 19 % chez les CSP+), les chômeurs atteignent 33 %. Fait notable : le pic se situe au deuxième quintile de revenus (39 %), ces « petits moyens » qui gagnent juste assez pour ne pas être aidés, mais pas assez pour être sereins. On notera également que ce sujet, pourtant central, reste formulé comme un vécu brut, sans grille d’analyse dominante ni responsables clairement identifiés. C’est un socle commun de préoccupation, mais faiblement politisé.
La sécurité, enfin, progresse de 3 points et rejoint le sommet du classement. Elle est davantage portée par les territoires périurbains (33%) et pavillonnaires et par certaines générations clés (notamment les seniors). Contrairement aux deux autres priorités, c’est un sujet fortement marqué politiquement, principalement à droite, avec un vocabulaire stabilisé et des attentes clairement identifiées, même si les solutions restent souvent peu détaillées.
L’enjeu du cadrage : une France en attente de récits politiques
Cette vague 2 du baromètre met ainsi en lumière une situation paradoxale : les deux préoccupations les plus massives des Français – le pouvoir d’achat et la vie politique – sont aussi celles qui disposent le moins d’un cadrage politique clair. En tous cas visible dans sa réception. La demande existe, elle est profonde, mais l’offre peine encore à s’imposer.
Si la préoccupation sécuritaire semble fortement marquée, cadrée et prise en charge à droite de l’échiquier politique (en témoigne leur mention par les proches de Reconquête 49 %, LR 41 %, RN 34 % vs par exemple LFI 9 %), si l’immigration reste le marqueur identitaire de l’extrême droite (sympathisants Reconquête 65 %, RN 44 %), en revanche, les deux autres préoccupations majeures — pouvoir d’achat et vie politique — restent largement non cadrées.
L’inflation est un socle commun sans grille de lecture : les verbatims sont identiques quel que soit le positionnement politique (« le pouvoir d’achat », « les prix », « la vie chère »). Aucune explication dominante ne semble s’être imposée.
La vie politique, quant à elle, fait l’objet d’un diagnostic partagé mais sans projet structurant. Les propositions de renouveau restent multiples mais fragmentées.
En ce sens, la nouvelle vague de résultats du baromètre « Priorités françaises » dessine une France en suspens, en attente de protection, de respiration économique et de renouveau démocratique. Les acteurs politiques capables de donner un récit lisible et crédible à ces attentes dessineront largement le paysage des prochains mois.
Source : « Priorités françaises », Vague 2 – janvier 2026, réalisé par L’ObSoCo et le CEVIPOF