Quand la chaleur décide qui peut vivre où

Une chaleur de fin mai comme on n’en avait jamais connue. Et avec elle, le rappel que le changement climatique n’est plus une abstraction pour les Français, mais une expérience vécue. Et une expérience qui n’est pas la même pour tout le monde.
Peu avant cet épisode, 64 % des Français disaient déjà avoir constaté une intensification des épisodes de chaleur là où ils vivent. Ce n’est plus une anticipation, c’est un constat.

Et parmi ceux qui subissent le plus, les conséquences sur la vie quotidienne sont réelles et multidimensionnelles : 51% évoquent un impact négatif sur leur qualité de vie et 47% sur leur santé mentale (stress, le sommeil, le moral). La vie sociale pâtit également (43 %), tout comme le pouvoir d’achat, via les coûts de l’énergie, des assurances, de l’alimentation (40 %).

Le logement : refuge pour les uns, piège pour les autres
Pour s’y adapter, 55 % des Français restent chez eux parce qu’ils y sont mieux qu’ailleurs. Une part en hausse continue. Mais 27 % se disent mal dans leur logement pendant ces épisodes. Si le logement apparaît ainsi comme le premier refuge climatique des Français, tous les refuges ne se valent pas.
28% des Français jugent leur logement mal adapté aux canicules. Un chiffre qui masque des écarts selon le type de logement, sa taille, la disponibilité d’un espace extérieur, le statut d’occupation ou encore le niveau de vie du foyer.
40% des Français vivant en appartement jugent ainsi leur logement inadapté aux canicules, pour 19% de ceux qui vivent dans des maisons. Le différentiel est particulièrement important selon le niveau de vie et le territoire : 44% des urbains modestes vivent dans un logement inadapté, pour 12% des ruraux aisés, soit un écart de 32 points. Les locataires, notamment ceux du parc social, les résidents de communes denses (et tout particulièrement les Franciliens) figurent parmi les plus exposés. Le logement n’est plus seulement un lieu de confort, de patrimoine ou de localisation. Il devient un abri… ou son contraire.

La proximité aux espaces de fraîcheur, autre ligne de partage
Là où le logement ne suffit plus, le territoire peut devenir une ressource. Encore faut-il qu’il en offre. 74 % des Français considèrent habiter à distance suffisante d’un espace de fraîcheur naturel (parc, cours d’eau, bois, bord de mer….) Mais 26 % en sont privés. Or, l’accessibilité à un espace de fraîcheur a un fort impact sur le vécu des canicules : à moins de 5 minutes à pied d’un parc ou d’une rive, le sentiment d’être démuni face à la chaleur chute à 5 %, au-delà de 30 minutes, il triple. L’accès à la nature n’est pas qu’une question de qualité de vie, c’est, lors des épisodes de chaleur intense, une condition d’habitabilité.

Des territoires perçus comme peu préparés
La question de l’adaptation des territoires révèle un clivage net : 43 % des Français estiment que leur territoire est adapté pour faire face aux fortes chaleurs, 43 % pensent le contraire. La confiance dans la capacité de leur territoire à se transformer suit la même logique : 39 % font confiance, 39 % non.
Ce scepticisme ne traduit pas un désintérêt. 67 % reconnaissent que l’aménagement du territoire joue un rôle pour protéger les personnes face aux effets du changement climatique. 81 % accordent de l’importance à l’introduction ou au développement de la nature en ville. Et les mesures d’adaptation proposées (végétalisation, espaces verts, réaménagement des espaces publics…) recueillent une adhésion large. Le problème n’est pas l’absence de soutien, mais sa faible traduction perceptible : seulement 43 % des Français ont connaissance d’aménagements concrets dans leur commune ou leur région.

Ce que cette canicule de mai dit de plus
L’épisode que nous vivons arrive tôt dans la saison, dans des logements, des villes et des corps pas encore préparés à la chaleur. Il rend visible ce que les données de notre Observatoire des usages et représentations des territoires documentent : l’exposition aux canicules dépend moins du seul territoire que de la combinaison de facteurs : type de logement, niveau de vie, densité urbaine, accès aux espaces naturels. Des variables qui se superposent souvent pour les mêmes personnes.

La demande de nature en ville, d’espaces de fraîcheur accessibles, d’un aménagement qui protège est là, massive et cohérente. La question est celle de la vitesse et de la lisibilité des réponses apportées, à l’échelle des quartiers et des communes, là où les canicules se vivent concrètement. Car, on le voit, au-delà des clivages idéologiques, la question écologique change de nature. Elle se reformule en question d’habitabilité des logements et des territoires. Et donc, inévitablement, en question politique : qui pourra vivre où, et dans quelles conditions ?

Source : L’Observatoire des usages et représentations des territoires, réalisé par L’ObSoCo en partenariat avec l’ADEME, Grand Paris Aménagement et RTE

 
Pour accéder à l’ensemble des résultats de l’Observatoire des usages et représentations des territoires, RDV à cette adresse :
https://lobsoco.com/observatoire-des-usages-et-representations-des-territoires-vague-5/