Le coup d’arrêt. Avec le reflux de l’inflation, nos indicateurs avaient amorcé une légère remontée qui s’est, de fait, arrêtée net. L’INSEE anticipait un pouvoir d’achat en recul de 0,5 % au second semestre sur la base d’un baril à 100 $, hypothèse désormais dépassée, et que les mesures gouvernementales en faveur des « gros rouleurs » ne devraient compenser qu’à la marge. Côté ménages, les arbitrages déclarés sont explicites : 45 % envisagent de réduire leurs dépenses de loisirs, 41 % leur consommation quotidienne, 36 % d’épargner davantage, 35 % de reporter des achats importants. Le taux d’épargne, qui venait tout juste de reculer d’un trimestre à l’autre (18,4 % au T3 après 18,7 % au T2, selon l’INSEE), pourrait voir cette timide inflexion interrompue, voire s’inverser, ce qui invaliderait les prévisions de croissance de la consommation de l’INSEE (un acquis de croissance de +0,8 % à mi-année).
Ce que notre baromètre nuance. L’appétence générale pour la consommation ne s’est pas effondrée. Et pour cause : elle est stationnaire à un niveau déjà historiquement bas. Parallèlement, 76 % des Français déclarent des intentions d’achat sur au moins une des 24 catégories suivies dans notre baromètre, soit +3 points sur un an et +5 points par rapport à décembre. Les vêtements et chaussures progressent le plus en absolu (42 %, +4 pts). Les progressions relatives les plus vives viennent des parfums-cosmétiques (+21 %), des objets de décoration (+23 %) et des jeux-jouets (+18 %). La hiérarchie des progressions – parfums, décoration, jeux – est évocatrice : elle peut se lire comme l’indice d’un arbitrage vers des plaisirs accessibles, plus faciles à maintenir quand les achats importants se reportent.
Une ligne de fracture entre biens durables et reste du panier. Le recul se concentre en réalité sur les biens durables (véhicules en tête, en repli très marqué sur le trimestre précédent) et sur la probabilité de concrétiser ces achats, traditionnellement plus faible et aujourd’hui en baisse significative. Les montants envisagés sont majoritairement orientés à la baisse, à l’exception notable de l’immobilier et des vacances. Autre signal convergent avec ce que nous observons par ailleurs : l’appétence de consommation progresse chez les catégories aisées, là où l’épargne s’est accumulée. Le choc n’homogénéise donc pas, il polarise. Un peu plus.
Perspectives. La question n’est donc pas seulement « la guerre va-t-elle peser sur la consommation ? », elle pèse déjà, et les 56 % de Français inquiets des effets sur leur situation personnelle (dont 17 % de « très inquiets »), les 23 % qui redoutent des pénuries, les 13 % qui craignent de ne plus pouvoir payer leurs factures d’énergie, le disent clairement. Elle est aussi : que révèle ce choc d’une économie des ménages qui était déjà sous tension avant le 28 février ? Le décrochage des biens durables était engagé, l’épargne de précaution accumulée, la confiance basse. Le conflit n’a pas créé ces dynamiques ; il les amplifie et les rend lisibles.
Sous la surface, les hiérarchies de consommation semblent se redéployer et c’est cette couche-là, les logiques d’arbitrage qui précèdent le choc et lui survivront, que notre baromètre permet de tenir dans le même regard que la conjoncture.
Source :
L’ObSoCo, Baromètre des Intentions et du pouvoir d’achat, 2026T2
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