C’est pour combler ce vide qu’avec la Fondation Huttopia, nous avons lancé l’Observatoire des vacances, dont les premiers résultats paraissent cette semaine. Une enquête auprès de 4 000 Français. Plus de 100 questions et plus de 200 chiffres et analyses statistiques inédites. En regard, Le Livre des vacances, co-écrit par Guénaëlle Gault et Jean Viard, à paraître aux éditions de l’Aube, qui en tire le fil sociologique.
Ce que dit l’enquête, en deux mots, c’est que les vacances ne sont plus ce qu’elles étaient.
Elles ne sont plus une parenthèse du travail. En 1936, elles étaient subordonnées à l’effort, pensées comme sa réparation. En 2026, 86 % des Français jugent les vacances importantes dans leur vie, dont près de 60 % les tiennent pour « très importantes » voire pour « la période la plus importante de l’année ». Ce n’est plus le travail qui définit les vacances ; ce sont elles qui disent qui nous voulons être. Le centre de gravité s’est déplacé.
Elles sont devenues, au sens propre, un temps existentiel. À situation et revenus égaux, l’engagement vacancier produit un effet sur la satisfaction de vie comparable à celui qui sépare un cadre supérieur d’un chômeur. Les vacances sont devenues l’un des ingrédients du bien-être au même titre que la santé, les relations sociales, l’autonomie. Elles ne sont plus un complément de la vie. Elles en sont devenues une composante.
Et pourtant, ce temps « existentiel » est, dans la réalité vécue, d’une banalité magnifique. La promenade arrive en tête de toutes les activités : plus de huit partants sur dix s’y adonnent régulièrement. Viennent ensuite la baignade, le restaurant, la randonnée, la lecture, les visites culturelles. Et puis ne rien faire : plus d’un partant sur trois revendique cette oisiveté assumée comme pratique vacancière. Loin des imaginaires de l’aventure et de l’exotisme, les vacances françaises relèvent d’une simplicité heureuse. Et 91 % des partants s’en déclarent satisfaits.
Cette simplicité a aussi son inscription géographique. La France des vacances est une France domestique : sept Français sur dix passent leur séjour principal dans l’Hexagone, 64 % vont à la mer, 60 % partent en voiture, la moitié roule entre deux et cinq heures. Trois vacanciers sur dix retournent aux mêmes lieux d’une année sur l’autre. Retrouver une maison familiale, un camping où l’on a ses habitudes, un coin de mer, un sentier de montagne. Retrouver la nature aussi, désir partagé par sept partants sur dix. Se retrouver soi et retrouver les autres. Une priorité pour les Français.
Si ces vacances comptent tant, c’est aussi parce qu’elles sont une école buissonnière. Un apprentissage parallèle, invisible, non sanctionné par des diplômes, mais durable. Quand on demande aux Français ce que les vacances de leur enfance leur ont appris, les réponses dessinent un véritable curriculum informel : l’autonomie d’abord, citée par près d’un sur deux, puis savoir s’organiser, gérer un budget, aller vers l’inconnu, créer du lien. Ultimement, une ouverture au monde : ceux qui partaient régulièrement enfants sont aujourd’hui significativement plus ouverts à la diversité culturelle (46 %) que ceux qui ne partaient pas (27 %). Là encore, l’effet propre des vacances d’enfance dépasse largement celui du revenu.
Reste qu’à côté de cette centralité, 28 % des Français ne sont pas partis l’an dernier et 10 % n’ont pas pris de vacances depuis plus de cinq ans, soit 4,6 millions d’adultes. La démocratisation des vacances, l’une des grandes réussites silencieuses du XXᵉ siècle français, n’est donc pas tout à fait achevée. Même si derrière ces non-départs, il existe aussi des réalités très différentes : choix assumés, empêchements, arbitrages, exclusions durables.
Mais qu’on parte ou non, qu’on choisisse ou qu’on subisse, les vacances restent désirées par presque tous.
Et ce désir tient bon, même dans la tempête. Dans une période d’incertitudes économiques et de pessimisme, les vacances sont ce que l’on protège. 79 % des Français se déclarent prêts à faire des sacrifices pour s’offrir les vacances dont ils rêvent, et près d’un sur cinq en fait déjà : moins de restaurants, moins de sorties, moins de vêtements, et pour 34 % d’entre eux, jusqu’à des arbitrages sur l’alimentation. Et quand on leur demande ce qu’ils feraient d’une rentrée d’argent inattendue équivalant à un mois de salaire, les Français répondent d’abord l’épargne, pour se rassurer dans l’incertitude. Et juste après : les vacances. L’argent disponible va désormais moins vers l’objet que vers ce que l’on veut vivre.
Les vacances sont l’un des rares désirs qui résiste.
Source : L’Observatoire Huttopia des vacances – Edition 2026, réalisé par L’ObSoCo pour la Fondation Huttopia